Les enjeux des discours de débat dans les médias

 

   Contexte médiatique et cadre participatif :

Toute interaction médiatique se caractérise par la présence d’une “masse” anonyme d’auditeurs dont l’existence vient complexifier le dispositif énonciatif (ou “cadre participatif” selon Goffman, 1987), dispositif qui dans le cas d’un débat peut être décrit comme l’emboîtement de deux circuits communicatifs, l’un fondé sur la réciprocité et l’autre à sens unique.

   Circuit restreint : les échanges de plateau

Ces débats se déroulent dans un espace clos, “le plateau de la télévision”.

Sur ce plateau, sont présents quatre participants “actifs” (c’est-à-dire, ratifiés aussi bien comme émetteurs que comme récepteurs), l’alternance des tours de parole obéissant à certains principes qui seront évoqués plus tard.

Ce quatuor se répartit en deux rôles interactionnels bien distincts, avec deux titulaires pour chaque rôle : celui des candidats-débatteurs et celui des journalistes-animateurs.

Les candidats-débatteurs sont placés “face à face” (ce terme étant d’ailleurs utilisés parfois pour qualifier ces débats) : ils s’affrontent, et forment une dyade d’essence conflictuelle.

En ce qui concerne leur statut : ce sont des professionnels de la politique.

Ils occupent une place importante au sein du parti ou du camp qu’ils représentent (en gros, droite vs gauche) et peuvent en outre avoir le statut sortant, de ministre ou de Premier ministre dans le précédent gouvernement.

Ces considérations de statut vont évidemment infléchir leur discours et leurs argumentaires, mais, c’est avant tout en tant que les candidats qu’ils sont censés s’exprimer dans le débat – telle est leur “identité contextuellement pertinente”.

 

Les débatteurs sont en principe les seuls actants véritablement indispensables à l’accomplissement d’un débat, mais comme il s’agit d’interactions plus “ordonnées” que les conversations ordinaires, elles font généralement appel en outre à quelques personnes chargées de veiller à leur bon déroulement.

 

Les journalistes-animateurs (Comme Audrey Crespo-Mara (la journaliste de LCI), Thierry Ardisson (le journaliste de canal+), Christophe Deloire (journaliste de TF1)…) (ou modérateurs) se tiennent côte à côte, et forment une dyade d’essence solidaire, pour canaliser les éventuels débordements de débatteurs souvent indociles.

Les animateurs ont intérêt à “se serrer les coudes”, à “s’épauler mutuellement”, et à “se prêter main-forte”.

En ce qui concerne leurs statuts : ce sont des journalistes expérimentés, jouissant d’une certaine notoriété dans le monde des médias (on donne l’exemple de la présentatrice phare de la télévision française “Audrey Crespo-Mara” (15 ans d’expérience)).

  Circuit englobant : du plateau au public des téléspectateurs

Le statut de cet actant externe qu’est “l’audience” ou le “public”, a quelque chose de paradoxal : invisible et inaudible pour les participants actifs, le collectif des téléspectateurs, non seulement, ne peut pas intervenir dans le débat, mais n’est généralement pas l’objet, les séquences liminaires mises à part, d’une adresse directe de la part des débatteurs et animateurs.

Il n’en est pas moins destinataire de l’ensemble du spectacle qui se déroule sous ses yeux (autrement-dit, destinataire indirecte), mais, à certains égards destinataire principal, puisque ce sont ces électeurs potentiels qu’il s’agit pour les débatteurs de séduire et d’acquérir à leurs causes.

Les candidats débattent entre eux, mais celui à qui, ils s’adressent (pour l’attaquer, réfuter, …) ne coïncide pas avec ceux qu’il s’agit de convaincre, comme l’énonce Giscard d’Estaing dès l’ouverture du premier débat (fait à sa manière écho, par anticipation).

Author: Susan Allen

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